Accueil -> Enquêtes sur la disparition des Romanov -> L'affaire Anna Anderson
 



 

Anna Anderson dans les années 1920.


Dans la semaine qui suit l'assassinat des Romanov, les troupes Blanches prennent la ville d'Ekaterinbourg aux Bolchéviques. Une enquête est directement ouverte sur le meurtre de la famille impériale.  L'armée monarchiste présente dans la ville commence des fouilles dans un puits de mine désaffecté situé dans une forêt proche d'Ekaterinbourg où ils ne retrouvent que des cendres et quelques objets qui semblent appartenir aux grandes-duchesses. Nicolas Sokolov, le magistrat chargé de l'enquête, interroge plusieurs personnes. Selon certains habitants, il manquerait un corps: celui d'Anastasia. Les rumeurs débutent immédiatement: la plus jeune fille du Tsar aurait été protégée des balles grâce aux bijoux et aux pierres précieuses cousus dans sa robe...

Le 17 février 1920, à Berlin, une femme tente de se suicider en sautant dans l'eau glacée du canal Landwehr. Un policier, témoin de la scène, se porte au secours de la jeune femme. Sauvée in extremis, elle est conduite aux urgences. N'ayant pas de papiers sur elle, on l'interroge pour connaître son identité, mais la jeune femme refuse de parler. Au bout de quelques jours, l'inconnue est transférée à l'asile de Dalldorf. Deux ans après l'arrivée de la jeune femme dans l'asile, sa voisine de chambre, ayant lu un article sur la disparition des Romanov où se trouvait une photo de la famille impériale, affirme à l'inconnue qu'elle ressemble étrangement à la grande-duchesse Tatiana. La jeune femme se lève est lui dit qu'elle n'est pas Tatiana, mais Anastasia, la plus jeune des filles de Nicolas II. L'énigme d'Anastasia débute.


 

De gauche à droite: Anastasia (1914), Anna Anderson (1920) et Tatiana (1917). La voisine de chambre d'Anna Anderson voyait une certaine ressemblance entre Anna et Tatiana.


Suite à cette révélation, des proches des Romanov affluent à l'hôpital de Dalldorff. Les enfants du docteur Botkine, assassiné avec la famille impériale à Ekaterinbourg, la reconnaissent formellement. Encore plus troublant, lorsque Philippe Dassel, blessé français auquel la grande-duchesse et sa soeur Maria avaient rendu visite pendant la guerre, vient à la rencontre de l'inconnue, elle se lève en s'exclamant: "C'est l'homme aux poches". Anastasia avait effectivement surnommé cet homme ainsi, car il avait constamment les mains dans les poches lorsque Anastasia et ses soeurs le voyaient.

Cependant, beaucoup de proches de la famille impériale, tels que la mère de Nicolas II, l'impératrice douairière Marie Fedorovna ; la soeur de l'impératrice, la princesse Irène de Prusse ou encore le précepteur des enfants Romanov, Pierre Gilliard, ne reconnaissent pas Anna Anderson comme étant Anastasia. Fait encore plus troublant, la jeune femme ne parle ni le russe (pourtant langue maternelle d'Anastasia), ni le français, ni l'anglais (langues qu'Anastasia pratiquait couramment), mais s'exprime uniquement en allemand, une langue qu'Anastasia n'a jamais voulu apprendre, au grand désespoir de sa mère. En revanche, elle révèle aux enquêteurs qu'en 1916, le grand-duc Ernest-Louis de Hesse, frère de l'impératrice, aurait rendu visite aux Romanov. Or, ce détail ne peut être connu que par un membre proche de la famille impériale, car la Russie étant à cette époque en guerre contre l'Allemagne, l'annonce de cette nouvelle aurait pu provoquer un scandale d'Etat. Elle ajoute également d'autres petits détails que seul un membre de la cour pouvait connaître.


 

Anastasia en 1915.

Anna Anderson en 1929.

Cependant, on peut se poser les questions suivantes : où est passée Anastasia de juillet 1918 à février 1920 si elle a vraiment survécu au drame? Et, comment a-t-elle fait pour se rendre à Berlin? Dans l'ouvrage "L'affaire Romanov" de Michel Wartelle, l'auteur tient une thèse assez surprenante. Selon lui, non seulement Anastasia aurait été épargnée, mais aussi la Tsarine Alexandra et ses trois autres filles. Après avoir fait évacuer Tatiana début juillet 1918 vers le Canada, l'impératrice et ses trois autres filles (à savoir Olga, Maria et Anastasia) auraient été transférées à la mi-juillet dans la maison Bérézine à Perm. Le 17 septembre 1918, Anastasia se serait enfuie, avant d'être blessée par balle par des gardes rouges à l'orée d'un bois. Un certain Alexandre Tchaïkovsky aurait alors organisé l'exfiltration d'Anastasia de Perm vers l'Ukraine. D'après le récit d'Anna Anderson, c'est ce même Alexandre Tchaïkovsky qui l'aurait sauvée du massacre de la famille impériale. Cependant, selon l'auteur de ce livre, la femme aurait inventé l'histoire du meurtre et de son sauvetage pour protéger sa mère et ses soeurs. Anastasia aurait ensuite quitté l'Ukraine pour la Roumanie avec Alexandre Tchaïkovsky dans le but de rejoindre sa soeur Maria. En Roumanie, elle se marie avec Tchaïkovsky et accouche en 1919 d'un fils prénommé Alexandre. Après l'assassinat de son mari en 1920, Anastasia aurait abandonné son fils pour regagner l'Allemagne où elle aurait tenté de mettre fin à ses jours en sautant d'un pont à Berlin. Ce qui rejoint l'histoire d'Anna Anderson.

Alors que le lien entre Anastasia et Anna Anderson est établi, des descendants des Romanov engagent un détective privé. Il établit que la jeune femme se nomme en réalité Franziska Schwanzkowska, une ouvrière polonaise. Cependant, le frère de cette Franziska ne reconnaît pas sa soeur en Anna Anderson. Si ce n'est pas elle, qui est en réalité cette Anna Anderson? Peut-être est-ce bien Anastasia? Pourtant, même d'anciens domestiques refusent de voir en elle la grande-duchesse. En Allemagne, on ne croit pas en l'histoire d'Anna Anderson. Le tribunal de grande instance d'Hambourg rend un arrêt qui s'apparente à un déni de justice dans la mesure où la plaignante n'apporte aucune preuve de ce qu'elle avance mais où il n'est pas impossible qu'elle soit effectivement Anastasia. Fatiguée de devoir prouver son identité, Anna Anderson s'exile à Charlottesville, aux Etats-Unis, où elle épouse Jack Manahan, un professeur d'université. Elle meurt le 12 février 1984.



 

Anastasia en 1916.

Anna Anderson vers 1927.

Franziska Schwanzkowska vers 1916.



Anna Anderson est morte, mais l'énigme Anastasia n'est toujours pas résolue. Les partisans de la prétendante, voulant toucher l'inestimable fortune des Romanov, firent un procès pour que cet argent soit remis à la famille de Madame Anderson Manahan. Ils étaient bien renseignés, le Tsar Nicolas II avait placé depuis le Dimanche Rouge, plus de 20 millions de roubles-or (soit plus de 250 millions d'euros) sur des comptes en Angleterre pour chacun de ses enfants en cas d'exil forcé. Cependant, la banque dévoila que le Tsar avait vidé les coffres en 1916 pour soutenir l'effort de guerre. Finalement, on peut se demander si les motivations d'Anna Anderson n'étaient pas de toucher cette fortune? Pourtant, elle a toujours affirmé qu'elle ne voulait pas entendre parler de cet argent. L'affaire Anderson est alors au point mort.

En 1991, sont découverts les restes des Romanov dans la forêt proche d'Ekaterinbourg. Tous les corps sont retrouvés mis à part ceux de deux des enfants: celui d'Alexeï et celui de Maria. Cependant, selon certains spécialistes, la fille manquante ne serait pas Maria mais Anastasia. Des doutes sur les dires d'Anna Anderson reviennent alors. Serait-elle véritablement Anastasia? A présent que les tests ADN sont possibles, un autre problème se pose: Anna Anderson a été incinérée... Mais un morceau de son intestin a été conservé suite à une opération. En 1994, des tests ADN sont donc réalisés sur ce morceau d'intestin appartenant à Anna Anderson. Les résultats sont négatifs: Anna Anderson ne peut pas être Anastasia ni même un membre de la famille Romanov. De plus, des analyses faciales ont prouvé que la forme du nez et des oreilles d'Anna Anderson n'était pas la même que ceux d'Anastasia. En revanche, une graphologue de renom a certifié que l'écriture d'Anna Anderson et celle d'Anastasia sont identiques. 

De plus, un mystère plane toujours: comment se fait-il qu'Anna Anderson connaissait tant de détails sur la vie des Romanov? Jean des Cars, auteur de l'ouvrage "La saga des Romanov", répondra à cette question: "[Anna Anderson était] une pauvre femme traumatisée physiquement et moralement par la guerre, à qui des escrocs avaient fait croire à son identité prestigieuse, totalement inventée, dans le but d'émouvoir, de convaincre et surtout de capter le magot impérial. A partir de sa ressemblance, ils lui ont fabriqué une mémoire avec assez d'habileté pour que certaines personnes succombent et valident l'invraissemblable. La malheureuse, en partie amnésique, avait sans doute fini par y croire elle-même, victime d'une monstrueuse manipulation, la pire puisque, à elle aussi, on répétait une supercherie."

 

Anna Anderson en 1922.

Anastasia en 1918.




 




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